CDS
'Su Buenos Aiores Querido 1925-1934
Amores Dificiles 1925-1933
Gardel en Barcelona 1925-1932
Las mujeres Aquellas
 
Eran otros ombres 1926-1933
Garçonière, Carreras, Timba 1920-1935
Criollita dice que si 1927-1935
Gardel por el mundo 1924-1933
 
Pobre chicas 1920 - 1933
Aquellas Farras 1922-1933
Cuidense porque andan sueltos 1926-1933
Tomo y obligo 1921 - 1931
 
Bandoneon Arrabalero 1926 - 1933
Tango Argentino 1926 - 1928
El Gaucho 1912- 1933
Caricias y Angutias 1917 - 1933
 
Siga el Corso 1921 - 1931
Acuerelas de Arrabal 1917 - 1933
 

        L’histoire de Carlos Gardel est à écrire dans une perspective où se côtoient  légende et réalité. La recherche n’en est que plus merveilleuse mais, ce merveilleux fait souvent confondre l’histoire du tango avec celle de Gardel comme si ce dernier l’avait inventé ; comme si l’histoire avait été écrite à l’image de sa vie. C’est dire si la légende est belle et mystérieuse et puisque le mystère sacralise, il se doit d’auréoler la vie des héros et de la livrer à l’imaginaire nous dit Horacio Salas.
        Il était une fois, un enfant qui aurait vu le jour entre 1883 et 1887 mais dont l’état-civil de la ville de Toulouse établit officiellement la naissance le 11 décembre 1910. Si sa date de naissance reste à jamais inconnue par contre, il semble probable qu’il est français, qu’il s’appelle Charles Romuald Gardes et qu’il est le fils naturel de Berthe Gardes avec qui il serait arrivé en Argentine à l’âge de trois ans.
       Il est passionnant de savoir que Toulouse, terre sacrée et magique, est une ville de mythes et de légendes écrit Gustavo C.J.Cirigliano ; Gardel  serait-il l’un d’eux ?
        Son histoire se confond avec les Conventillos, ces modestes immeubles où vivent les familles des quartiers populaires où l’on entend déjà chanter du tango. Mais, Gardel commencera par chanter des payadas, des chansons populaires. Celui qu’on surnomme «  El francesito » le petit français, devient «  El morocho del Abasto », le noiraud du quartier de l’abattoir. On remarque vite sa voix de ténor aux accents dramatisés, ce qui lui vaudra son second surnom, «  El zorzal », du nom d’une fauvette sud-américaine. Il s’accompagne lui-même à la guitare puis, en 1913, il s’associe avec Jose Razzano pour former le duo Gardel-Razzano. Le 9 janvier 1914, le duo débute dans un théâtre de la rue Corrientes, Le Nacional. Ils connaissent vite le succès qui les fait passer du café de banlieue  aux grandes salles de Buenos Aires et de Montevideo en chantant des chansons traditionnelles du répertoire populaire et picaresque. Le temps du tango n’est pas encore venu. Mais, dès 1921, Gardel a, déjà, inclus plusieurs tangos à son répertoire. En 1925, le duo se sépare. Gardel abandonne, alors, toutes ses chansons paysannes pour ne chanter que du tango.
      Si Gardel n’est pas l’inventeur du tango chanté ; Linda Thelma, Andrée Viviane et Alfredo Gobbi en avaient chanté avant lui. Gardel, par contre, est le premier, en 1917, à le chanter devant le public bourgeois du théâtre Esmeralda de Buenos Aires. Cette chanson écrite par Pascual Contursi  s’intitule « Mi noche triste » dont la musique avait été écrite par Samuel Castriota sous le titre de  «  Lita » en 1915. Enrique Santos Discepolo a, alors, cette formule elle aussi, devenue légendaire en disant qu’avec Gardel : «  Le tango est monté des pieds aux lèvres ». L’arrivée du texte permet de dire que si le tango n’est pas né avec Gardel, son histoire commence bien avec lui par son aptitude à pouvoir se raconter et s’auto-engendrer.
        Le tango passe, en même temps, de la rue à la scène et cela est une rupture dans son histoire. Désormais, le tango devient synonyme de réussite sociale. Gardel est engendré par le tango qu’il contribue lui-même à engendrer. Comme le remarque, finement, Pierre Monette, à qui nous devons beaucoup pour l’écriture de ces biographies tout comme Horacio Salas cité plus haut: «  Fils-père » né d’une fille-mère, Carlos Gardel brouille ses propres filiations, tout comme celles du tango-comme pour évacuer la question de leurs origines ».
      Ce passage de la rue à la scène peut aussi se lire comme une euphémisation du tango qui ; pour être accepté par la bourgeoisie portègne, en passe par le chant pour en faire oublier le corps sensuel des danseurs que la morale de l’époque réprouve. Le tango ne gagne qu’en effaçant ses origines. Avec Gardel, chaque argentin peut s’identifier dans ses désirs de réussite sociale. Quand Gardel va à Paris, c’est chaque argentin qui va à Paris ; surtout quand on sait le lien affectif qui unit L’Argentine à Paris dans ces années-là.
     Il en va un peu de même pour sa vie amoureuse. Il a bien une femme qu’il aime mais il doit le cacher, du-moins, ne pas l’officialiser. Il offre une telle surface de projection qu’il ne peut aimer une seule femme. En fait, il ne doit aimer personne en particulier pour être aimé de toutes. Ses producteurs veillent à tout cela. Gardel est, véritablement, une star internationale.
      L’intensité dramatique et inégalée de la voix de Gardel, faite de retenue, de dignité et de pudeur signe définitivement le passage de «  l’alliance de l’alcool de la bagarre des femmes et du tango, comme le dit Saul Yurkievich à la mélancolique lamentation sur le temps qui ne reviendra jamais ». C’est le temps des enfants de la deuxième génération qui n’ont pas vu leur père réussir socialement et de la naissance du bandoneon qui par sa nature contribuera à ralentir le rythme  du tango. La réussite de Gardel s’inscrit dans ce contexte.
      Au même moment où le tango s’internationalise, Gardel commence à voyager en Argentine puis, en Europe à partir de 1925. En 1927, il enregistre «  Mano a Mano » sur un texte de Celedonio Esteban Flores. Déjà, sa voix se fait plus grave, plus théâtralisée. La même année il enregistre la «  Cumparsita ». IL crée «  Caminito, Noche de Reyes, Carnaval », « A la luz del candil » met en scène le pauvre type, criminel par amour et qui se dénonce à la police. La fin des années 20 marque la rencontre de Gardel et de Enrique Santos Discepolo à l’écriture plus empreinte de critique sociale que de misèrabilisme. Il interprète  «  Que Vachaché ( Qu’est-ce que tu vas foutre), Esta noche me emborracho ( cette nuit, je me saoûle ), « Chorra ( voleuse), «  Yira Yira, au réalisme sordide. Mais dans les années 30, le public ne veut plus de ces textes où fourmillent des expressions de Lunfardo, l’argot portègne. La coopération s’arrête.
       En 1928, il a, déjà, conquis Paris accompagné de ses musiciens les guitaristes, Jose Maria Aguilar, Horacio Pettorosso, Jose Ricardo, Guillermo Desiderio Barbieri, Domingo Riverol et Julio Vivas. Il chantera aussi avec Francisco Canaro qui est à Paris au même moment que lui. Sa vie est un perpétuel aller-retour entre les grandes villes du monde occidental.
      Entre 1931 et 1935, il entame une carrière cinématographique. Il rencontre le parolier Alfredo Le Pera qui écrira ses immortels succès, pour lesquels il écrira la musique, que sont : «  El dia que me quieras, Mi buenos Aires querido, Melodia de Arrabal, amarra Cuesto Abajo, Arrabal amargo, Recuerdo malevo et Volver.
      A New York, il rencontre un jeune bandoneoniste de 13 ans dont il n’apprécie pas vraiment le style qu’il qualifie «  d’à l’envers ». Il l’engage quand même pour un petit rôle dans le film qu’il tourne en 1935, «  El dia que me quieras ». Ce musicien est Astor Piazzolla.
    La dramaturgie gardélienne s’accentue, d’abord, symboliquement, le 19 mars 1935 quand il enregistre  «  Volver » ( revenir) dans lequel il chante l’errance incessante de l’immigrant qui ne trouve jamais sa place puis, dramatiquement, il décède le 24 juin 1935 lorsque  sur la route du retour pour Buenos Aires, son avion prend feu au sol et entre en collision avec un autre appareil stationné en bout de piste sur l’aéroport de Medellin en Colombie. Il ne devait jamais revenir au pays. Le Pera et Barbieri meurent dans l’appareil, Riverol décède deux jours plus tard, seul survivra Aguilar.
      L’extraordinaire incrédulité des argentins à l’annonce de sa mort et la vénération véritablement religieuse révélée par la présence de centaines de milliers de personnes lors de son enterrement signe bien la dimension mythique du personnage. Cette dimension est encore accentuée en mourant assez jeune. Le temps qui abîme tout, thématique centrale du tango, n’a pas atteint son visage ; c’est éternellement souriant qu’il continue de vivre pour des millions d’argentins pour qui : «  Chaque année, Il chante de mieux en mieux ». C’est une pirouette magistrale qui identifie à jamais Carlos Gardel et le tango. La mort est le passage obligé d’entrée dans le légendaire mais, les ingrédients se doivent d’être déjà présents du vivant. L’engendrement du tango par Gardel et de Gardel par le tango sont des ingrédients essentiels à cette histoire dans laquelle la superposition des deux est décisive pour faire advenir la légende future.

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